Pas souvent que je parle de mon taf ici (même pas souvent que je raconte tout ce qui me passe par la tête d'ailleurs, OUAIS JE SAIS LES DROITS D'AUTEUR!!!) (euh private joke, c'est normal si tout
le monde ne comprend pas...).
Oui, donc disais-je, j'ai l'envie subite de parler de ce qui occupe mes week end. C'est à dire mon boulot (d'appoint) trépidant de correspondante de presse.
Mais concrètement, ça consiste en quoi? Eh bien le journal (appelons le "ChassePecheConcoursdeboules mag") fonctionne, hormis les journalistes de la rédac, avec un réseau de correspondants. C'est
hyper pratique les correspondants: les mecs (ou les nanas) sont missionnés pour "couvrir" un bled ou même plusieurs, ou carrément un canton. A partir de là, on leur signale tous évènements sur
lesquels ils doivent se rendre pour prendre une super photo-de-la-mort-qui-tue-qui-fera-que-les-gens-en-photo-vont-acheter-le-journal, et pour récupérer des infos pour faire un article après. Comme
ça tout le monde est content: les gens qui organisent le truc parce qu'on parle d'eux et qu'ils seront sur la photo, les gens du journal parce que du coup, les trucs chiants, ils les font pas, et
le correspondant parce que ça lui fait un peu de thunes. Un peu comme un vrai boulot de journaliste quoi. Mais attention: en tant que correspondant local, on couvre des évènements très "locaux",
c'est-à-dire les lotos, repas de chasse, et autres joyeuseté.
Cette activité a des avantages, mais aussi certains inconvénients.
Avantages:
-On voit du pays. Les routes de campagne, on commence à les connaitre. Ou alors on en découvre encore de nouvelles. Des fois, on se demande où on débarque. Ca fait un peu "en route pour
l'aventure", sans aller bien loin pour autant, puisque le correspondant est en principe bien installé dans le bled qu'il couvre. C'est bien sympa pour découvrir de nouveaux coins. Exemple: je me
suis rendue une fois sur un sentier de débroussaillage. Arrivée sur place, personne à l'horizon. A la recherche d'une âme vivante, je me suis retrouvée à longer un champ de blé encore vert, le ciel
était bleu, la lumière très belle...hop là, clic-clap photo et repérage du coin pour y revenir une prochaine fois.
Au moins, on fait du tourisme économique.
-On rencontre un tas de gens. Des gens de tous âges, qui font un peu de tout: des chasseurs, des boulistes, des joueurs de lotos, des élus, plein de gens de plein d'assos différentes. Et puis des
fois, on reste discuter un peu. On apprend des trucs, on apprend à savoir qui fait quoi. Ca peut être toujours utile, on sait jamais, y a peut être de jeunes et beaux chasseurs ou boulistes qui
traine dans le coin, et dans ce cas, faut avoir l'oeil...(hum, j'en ai pas vu encore pour le moment, le prototype c'est plutot en moyenne 50 ans et la casquette Ricard, top glamour donc).
-On est drolement bien accueili. Le mot magique, c'est bien évidemment "ChassePecheConcoursDeBoules Mag". Avec ça, les portes s'ouvrent en grand. C'est dire si le canard est lu, et si on nous
attend au tournant...Généralement, les papis sont super gentils, font deux trois blagues, et payent un coup. Exemple avec les chasseurs: hyper enchantée à l'idée d'aller faire une photo à un repas
"cochon grillé", je débarque et fais connaissance avec le petit papi responsable de l'affaire. Il s'avère qu'au fil de la discussion, j'apprend qu'il a travaillé avec mon père (wha! énorme!). Du
coup, hop, on m'emmène dans les cuisines et "Michèle, sers nous donc un kir pour la journaliste!). (Oui parce que tout le monde nous prend pour des journalistes, alors qu'on est juste
correspondants, mais va leur expliquer la différence toi...). Et voilà, on se retrouve dans une situation assez surréaliste, c'est à dire dans les cuisines d'une salle des fêtes en plein coeur de
la campagne, entourée de chasseurs, avec un kir à la main. Les demis marchent bien aussi. Le truc, c'est qu'il faut éviter de tomber en embuscade à la buvette. Des fois, malgré les "non non merci,
c'est gentil, mais faut pas que je traine", on t'emmènes manu-militari à la buvette. Si tu refuses, t'es mal vue. Donc bon, autant sourire et picoler tous en coeur au comptoir.
Les inconvénients:
-Des trucs chiants auxquels il faut s'intéresser: les lotos, les concours de pêche, de boules, les assemblées générales d'associations diverses. C'est pas ultra-palpitant. Mais bien obligé d'y
aller. Et de poser des questions "pertinentes", alors qu'on s'en contrefous de savoir qui a gagné le concours de pêche. Alors on fait semblant d'être intéressé. On hoche la tête, on enchaine sur
d'autres questions, on note tout avec application sur son petit cahier (parce que les gens quand on les interroge, regardent systématiquement ce que j'écris sur mon cahier. J'ai horreur de ça,
alors j'essaie de le planquer. Mais rien à faire, il me tournent autour comme des affamés).
-De week-ends bouffés. Ben ouais, l'essentiel de l'activité se déroule le week end. Donc branle bas de combat, tout le monde sur le pont. Les samedis soirs ne sont plus les mêmes, les dimanches non
plus. Y a que le reste de la semaine qui est calme. Résultats: ça lasse les potes: "Qu'est ce que tu fais ce soir?Ben faut que j'aille sur un repas de foot, un loto, une assemblée générale de
cyclotouristes! donc je suis pas dispo quoi....Et demain? Bah demain non plus, je rédige. Ouais...Ouais. Ok. On se rappelle. A la prochaine!". Les week end, c'est désormais avec d'autres gens qu'il
faut les passer (et avec son pc).
-Le téléphone qui sonne tout le temps. Par moment, on a envie d'etre tranquille. De ne plus penser à autre chose qu'a soi. Et bien mission quasi-impossible. Quand ce n'est pas le journal qui
appelle pour t'envoyer sur des trucs ultra palpitants, ce sont des particuliers qui le font. Des gens dont tu n'as pas la moindre idée de l'identité. Mais qui sont super heureux de te faire part de
choses de la plus haute importance. La dernière fois, une nana m'a appelé pour me dire qu'elle serait dans les tribunes à l'arrivée du Tour de France avec le drapeau tibétain, et qu'il fallait donc
(enfin "ce serait bien quoi") que je la trouve pour faire un article là dessus. Bien cool, mais j'étais occupée ailleurs. Et puis j'avais pas accès aux tribunes! Les gens ont mon numéro par le
canard, il affiché dedans toutes les semaines. Donc bon, forcément, mon répondeur est devenu un peu un hall de gare.
-Supporter les vieilles blagues et les dragueurs. Bon, on le sait, je suis loin d'être un mannequin. Mais peut importe la nana, dès qu'elle débarque dans des milieux plutot masculins. Et c'est le
cas par chez nous en l'occurence. Je suis frappée de voir autant de mecs sur les évnements. Les femmes, on ne les voit pas. Ou alors elles sont en coulisses. Devant, ce sont les bonhommes qui font
le show. Et parfois, y en a qui sont relous. Petites blagues en douces, grands sourires, et surtout, pas mal de "la jeune fille...la charmante demoiselle". Ouais, super. Remballez les gars. Faut
pas avoir peur de se faire chambrer, parce que c'est clair que la petite nana qui débarque dans un concours de pêche ou milieu d'un repas de foot, elle va en entendre toute la soirée. Le truc
drôle, c'est ce que ce sont essentiellement des mecs de 40-50 piges qui font ça. Faut juste le prendre avec le sourire, et leur démontrer que c'est pas parce qu'on remplace un mec (mon prédecesseur
était un homme de 50 ans) qu'on est là pour faire potiche!
Mais en tout ca, ça me permet d'écrire, et ça, j'aime.
La chanson du post: Bon en fait c'est pas une chanson, mais tout l'album "the miseducation of" de Lauryn Hill. Parfait à écouter en étant affalée sur le lit, par une soirée grise d'aout...